L’annonce de la volonté de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) de mettre fin à sa collaboration avec le sélectionneur national, sous réserve de l’aboutissement de la procédure administrative et juridique en cours, a naturellement relancé le débat sur sa succession.
Comme souvent dans ce type de contexte, les candidatures réelles ou supposées se multiplient, les réseaux d’influence s’activent et les intermédiaires se positionnent. Le prestige de l’équipe nationale aidant, les noms de plusieurs techniciens étrangers circulent déjà avec insistance, alors même qu’aucun profil de poste n’a encore été officiellement défini.
À mon sens, le débat est mal posé lorsqu’il se réduit à une opposition entre entraîneur national et entraîneur étranger.
La véritable question n’est pas celle de la nationalité ; elle est celle du projet sportif.
Choisir un sélectionneur national obéit aux mêmes principes que le recrutement d’un médecin, d’un enseignant ou d’un ingénieur.
Personne ne choisit un médecin en fonction de son passeport, mais de sa capacité à soigner.
On ne choisit pas un enseignant selon son origine, mais selon sa maîtrise de la discipline qu’il enseigne.
Il doit en être exactement de même pour un sélectionneur national.
Le premier déterminant du choix doit être le projet sportif porté par la Fédération Sénégalaise de Football, en cohérence avec les orientations stratégiques de l’État et les politiques publiques conduites par le ministère chargé des Sports.
C’est ce projet qui doit définir la mission, les objectifs, les compétences attendues, les critères d’évaluation et les moyens mis à la disposition du futur sélectionneur.
Une fois ce cadre clairement établi, la question devient beaucoup plus simple.
Dans le contexte actuel du football sénégalais, la priorité donnée à l’expertise nationale apparaît comme le choix le plus cohérent.
POURQUOI ?
Parce que le Sénégal a démontré, ces dernières années, qu’il pouvait atteindre les plus hauts sommets avec un encadrement technique national.
Les succès enregistrés sous la conduite de techniciens sénégalais ont marqué une étape historique dans le développement de notre football. À cela s’ajoutent les performances réalisées dans plusieurs autres catégories de compétitions africaines, qui confirment la qualité de notre encadrement technique.
En faisant confiance à ses propres compétences, le Sénégal a également ouvert une voie que de nombreux pays africains ont progressivement empruntée.
Cette dynamique a contribué à restaurer la crédibilité de l’expertise africaine dans la conduite des sélections nationales et à démontrer que les entraîneurs du continent pouvaient rivaliser avec les meilleurs.
Revenir aujourd’hui à une solution extérieure, alors que les compétences nationales existent, pourrait donner le sentiment que cette confiance retrouvée n’était qu’une parenthèse.
Or, rien ne justifie objectivement un tel revirement.
Le Sénégal dispose aujourd’hui, sur son territoire comme au sein de sa diaspora, d’entraîneurs hautement qualifiés.
Plusieurs possèdent une solide expérience internationale, maîtrisent les exigences du football de haut niveau, connaissent parfaitement les réalités socioculturelles du pays et ont déjà démontré leur capacité à gérer des compétitions majeures.
Le vivier existe, les compétences existent, l’expérience existe.
Dans ces conditions, privilégier un entraîneur sénégalais ne relèverait ni d’un réflexe identitaire ni d’un patriotisme de circonstance.
Ce serait avant tout une décision rationnelle de gouvernance consistant à valoriser des ressources humaines nationales compétentes, disponibles et crédibles.
Une telle orientation serait également en parfaite cohérence avec les politiques publiques qui encouragent la valorisation de l’expertise nationale, le développement du contenu local et la promotion des compétences sénégalaises dans les secteurs stratégiques.
Le sport, qui constitue à la fois un levier de développement, un facteur de cohésion sociale, un instrument de diplomatie et un secteur économique en pleine expansion, ne saurait être en marge de cette dynamique.
Naturellement, cette préférence ne doit jamais devenir un dogme.
Si, à un moment donné, aucun entraîneur sénégalais ne répondait aux exigences du projet sportif défini par la Fédération, celle-ci devrait conserver toute sa liberté de recruter le meilleur profil disponible, quelle que soit sa nationalité.
Mais tant que le Sénégal dispose de compétences capables d’assumer cette responsabilité avec efficacité, il serait difficilement compréhensible d’aller chercher ailleurs ce que nous possédons déjà.
La position que nous défendons n’est donc pas une préférence fondée sur la nationalité ; elle est une priorité accordée à l’expertise nationale lorsque celle-ci satisfait pleinement aux exigences du poste. C’est une préférence fondée sur la compétence, la responsabilité et la cohérence stratégique.
Le football sénégalais est aujourd’hui parvenu à une maturité institutionnelle qui lui permet de croire davantage en ses propres ressources humaines.
Si la succession du sélectionneur national venait à être officiellement ouverte, notre conviction serait simple :
À compétence égale, le Sénégal doit faire confiance à un entraîneur sénégalais.
Ce choix serait fidèle à notre histoire récente, conforme aux principes d’une gouvernance moderne des organisations sportives et pleinement cohérent avec l’ambition d’un Sénégal qui croit en son expertise nationale pour construire durablement son excellence sportive.
Par Souleymane Boun Daouda DIOP
Directeur Général du Cabinet Conseil SERISE-SARL
Expert en gouvernance des organisations sportives
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