L’organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 constitue, pour le Sénégal et pour toute l’Afrique, un événement historique dont la portée dépasse largement le cadre de la compétition sportive. C’est une consécration, un moment de fierté nationale et continentale, mais également une occasion exceptionnelle de célébrer celles et ceux qui, par leur engagement, leur vision et leurs réalisations, ont contribué à écrire l’histoire du Mouvement olympique.
À cet égard, une réflexion mérite d’être portée avec beaucoup de considération et dans un esprit constructif.
Dans la célébration de ce rendez-vous historique, quatre figures emblématiques de notre patrimoine sportif et olympique semblent ne pas avoir bénéficié de toute la reconnaissance institutionnelle et symbolique que leur parcours aurait légitimement justifiée.
Il ne s’agit nullement d’y voir un manque de considération délibéré de la part des autorités ou des organisateurs. Il s’agit plutôt d’une omission qui mérite, à mon sens, d’être corrigée, tant ces personnalités incarnent des pages majeures de l’histoire du sport sénégalais et international.
1. LE JUGE KÉBA MBAYE : L’ARCHITECTE D’UNE NOUVELLE GOUVERNANCE OLYMPIQUE
Difficile d’évoquer l’histoire de l’Olympisme moderne sans rendre hommage au juge Kéba Mbaye.
Ancien vice-président du Comité International Olympique, magistrat de dimension internationale, il fut l’un des grands artisans du renouveau de l’institution olympique. Au lendemain des crises qui avaient sérieusement éprouvé la crédibilité du Mouvement olympique, notamment le scandale de corruption lié à l’attribution des Jeux de Salt Lake City, il prit une part déterminante dans la consolidation de ses mécanismes éthiques et institutionnels.
Mais son œuvre dépasse encore cette contribution.
C’est à lui que revient le rôle historique de présider le groupe de travail chargé de concevoir et d’élaborer les statuts du Tribunal Arbitral du Sport (TAS), dont il devint le premier président en 1984. Cette institution est aujourd’hui une référence mondiale dans le règlement indépendant des différends sportifs.
Président de la Commission juridique, de la Commission Apartheid et Olympisme et de la Commission d’éthique du CIO, il a également contribué à faire du droit, de l’équité et de l’éthique des piliers de la gouvernance sportive internationale.
Le Sénégal a ainsi donné à l’Olympisme mondial l’un de ses plus grands architectes institutionnels et juridiques.
2. LE JUGE YOUSSOUPHA NDIAYE : LE GARANT DE L’ÉTHIQUE ET DE LA CRÉDIBILITÉ OLYMPIQUES
Autre grande figure, le juge Youssoupha Ndiaye a porté haut le rayonnement du Sénégal au sein des instances dirigeantes du Mouvement olympique.
Membre du CIO de 2002 à 2008, il a présidé sa Commission d’éthique de 2007 à 2017, dans une période particulièrement importante pour la consolidation des principes de transparence, d’indépendance et de responsabilité au sein de l’institution.
Sous sa présidence, cette commission a connu des évolutions majeures dans ses statuts et ses règles de fonctionnement, renforçant son indépendance et sa capacité à promouvoir les exigences de bonne gouvernance.
Le témoignage rendu par l’ancien président du CIO, Thomas Bach, à sa disparition, est particulièrement éloquent : il a souligné son rôle déterminant dans la mise en œuvre de réformes complexes ayant contribué à renforcer la crédibilité du Mouvement olympique.
Ancien président du Conseil constitutionnel, ancien ministre des Sports et grand serviteur de l’État, Youssoupha Ndiaye représente une autre expression de l’excellence sénégalaise : celle d’une magistrature au service de l’éthique sportive internationale.
3. LE PRÉSIDENT LAMINE DIACK : UN SÉNÉGALAIS À LA TÊTE DE L’ATHLÉTISME MONDIAL
Le nom de Lamine Diack appartient également à l’histoire du sport mondial.
Ancien athlète, dirigeant sportif, ancien président du Comité National Olympique et Sportif Sénégalais, il a présidé l’Association Internationale des Fédérations d’Athlétisme (IAAF), aujourd’hui World Athletics, de 1999 à 2015.
Durant ses seize années de présidence, il a accompagné une période importante de transformation et d’internationalisation de l’athlétisme. Il a notamment contribué au développement commercial et médiatique de la discipline, à son rayonnement mondial et à la consolidation de sa place dans l’économie du sport international.
Premier Africain à accéder à cette haute responsabilité, il a incarné la capacité du continent à prendre part à la direction des grandes institutions sportives mondiales.
Son parcours, comme son passage à la tête du CNOSS pendant près de deux décennies, constitue un chapitre incontournable de l’histoire de l’Olympisme sénégalais.
La reconnaissance de sa contribution historique au sport mondial ne saurait se confondre avec un jugement sur les controverses qui ont ultérieurement marqué sa fin de carrière. L’histoire doit pouvoir être regardée avec lucidité, sans effacer les faits ni renoncer à la mémoire.
4. BABACAR CISSE : LE PREMIER MÉDAILLÉ SÉNÉGALAIS DES JEUX OLYMPIQUES DE LA JEUNESSE
Il est des symboles dont la portée dépasse la valeur d’une médaille.
En 2010, à Singapour, lors de la toute première édition des Jeux Olympiques de la Jeunesse, un jeune judoka sénégalais, Babacar Cissé, inscrivait son nom dans l’histoire de cette nouvelle compétition olympique.
À seulement 17 ans, il remportait une médaille d’argent dans l’épreuve par équipes mixtes de judo.
Il devenait ainsi le premier médaillé sénégalais de l’histoire des JOJ et demeure, selon les informations disponibles, le seul Sénégalais à avoir décroché une médaille dans cette compétition.
Son exploit revêt une signification particulière à l’heure où le Sénégal accueille, pour la première fois sur le continent africain, ces mêmes Jeux Olympiques de la Jeunesse.
Il aurait naturellement mérité d’être associé à cette célébration historique, comme témoin vivant de la première génération des médaillés des JOJ, ambassadeur de la mémoire sportive nationale et source d’inspiration pour les jeunes athlètes engagés dans cette aventure.
Son parcours rappelle surtout que les grands événements sportifs ne doivent pas seulement célébrer les performances du présent, mais également reconnaître celles et ceux qui ont ouvert la voie.
UNE MÉMOIRE OLYMPIQUE À TRANSMETTRE AUX GÉNÉRATIONS FUTURES
Ces quatre personnalités représentent quatre dimensions fondamentales de l’histoire olympique : la construction des institutions et du droit sportif, la défense de l’éthique, le leadership dans la gouvernance mondiale du sport et l’excellence de la performance sportive.
Leurs parcours sont différents, leurs responsabilités ne sont pas de même nature, mais ils ont en commun d’avoir contribué, chacun à son niveau, à inscrire le Sénégal dans l’histoire du Mouvement olympique international.
Dakar 2026 ne doit donc pas être uniquement le rendez-vous des infrastructures, des compétitions, des cérémonies et des performances. Il doit également être celui de la mémoire, de la transmission et de la reconnaissance.
C’est pourquoi il me semble encore possible, dans le cadre des activités de célébration, de valorisation de l’héritage et de transmission des valeurs olympiques, de réparer cette omission symbolique.
Une reconnaissance officielle, un hommage institutionnel, une séquence mémorielle ou une initiative dédiée à ces quatre figures permettraient de rétablir une continuité historique entre les générations qui ont servi l’Olympisme et celles qui écrivent aujourd’hui une nouvelle page de son histoire au Sénégal.
Un pays qui accueille pour la première fois les Jeux Olympiques de la Jeunesse sur son continent doit aussi savoir honorer ceux qui, avant lui, ont contribué à bâtir l’histoire olympique mondiale.
Car si Dakar 2026 est une première pour l’Afrique, le Sénégal n’est pas un nouveau venu dans l’histoire de l’Olympisme.
Il en est aussi l’un des contributeurs.
Et cette contribution mérite d’être racontée, reconnue et transmise.
Souleymane Boun Daouda DIOP, Ancien Directeur de l’Académie Nationale Olympique du Sénégal (ANOS),
Ancien Président de l’Association Francophone des Académies Olympiques (AFAO
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